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Je me souviens...

Longtemps j’ai désiré une autre histoire, une autre famille. Petite fille, je m’imaginais avoir été adoptée. Ce n’était pas possible. Il y avait forcément une autre vie, une vie plus lumineuse, plus joyeuse ; un ailleurs. Il m’arrive encore aujourd’hui dans des moments de désespoir d’espérer très fort cet ailleurs. Mais finalement lorsque je me le représente ; cet ailleurs c’est ici ; c'est maintenant ; dans cette parenthèse de l’instant où je me remémore mes souvenirs…

 

Je me souviens de cette soirée, la plus belle de mon enfance. Nous avions beaucoup ri  après le dîner. C’était une douce nuit d’été. La lumière des bougies éclairait nos visages et mon père nous amusait en jouant avec des ombres chinoises.

 

Je me souviens des chorégraphies de danse que j’inventais avec ma sœur lorsque nous étions enfants. Nous passions toutes les vacances à créer un spectacle pour le 15 août. Date que toute la famille attendait avec impatience le reste de l’année.

 

Je me souviens des chouchous ; ces cacahuètes dorées par le soleil que nous croquions tous sur le sable après s’être baignés et des tartes au sucre de ma grand-mère.

 

Je me souviens  des chansons de Johnny qui défilaient en boucle sur la route des vacances ; de mon père qui plaisantait avec son « Ah que Johnny ! ».

 

Je me souviens de ce jour merveilleux où mes parents se sont dits oui.

 

Je me souviens des blagues de mon père qui n’étaient pas drôles mais qui nous faisaient rire. De « c'est une poupée qui fait non non non non non non » qu’il jouait à la guitare lorsque ma sœur et moi boudions.

 

Je me souviens de cette journée à Brest où ma mère a réclamé des frites alors qu’habituellement elle n’en mangeait jamais.

 

Je me souviens de ce merveilleux été où mon père a dessiné et des parties de tarot que je jouais avec mon frère.

 

Je me souviens de notre maison, de notre jardin, des camélias.

 

Je me souviens avoir été heureuse.

 

Je me souviens avoir pleuré aussi, beaucoup.

 

Je me souviens de cette nuit où ce cauchemar a commencé ; du cri strident de ma mère et de mon père dévalant l’escalier. Je le vois encore retenant ma mère, l’empêchant de partir. Se battre contre cette folie qui s’emparait d’elle.

 

Je me souviens des cauchemars qui ont suivi et de ceux qui m’ont poursuivie. La nuit. Toutes les nuits.

 

Je me souviens de la chambre, du médecin, des tuyaux, du corps abîmé de ma mère, du trou qu’elle avait sur le crâne. Et de son sourire qui la rendait si belle.

 

Je me souviens de cette attente interminable et de la joie de retrouver mon père sur le quai de la gare.

 

Je me souviens de nos larmes et de son dernier baiser.

 

Je me souviens de Brel, Ferré, Bécaud ; des chansons que j’écoutais avec ma mère et de ces magnifiques silences qu’il y avait entre nous.

 

" Et maintenant que vais-je faire
De tout ce temps que sera ma vie
De tous ces gens qui m'indiffèrent
Maintenant que tu es parti

Toutes ces nuits, pourquoi pour qui
Et ces matins qui reviennent pour rien
Ce cœur qui bat, pour qui, pourquoi
Qui bat trop fort, trop fort

Et maintenant que vais-je faire
Vers quel néant glissera ma vie
Tu m'as laissé la terre entière
Mais la terre sans toi c'est petit.
..."

 

Je me souviens qu'une partie de moi est morte ce jour là.

 

Je me souviens aussi de toutes ces disputes, de tous ces cris d’amour ; ces cris vivants puis morts.

 

Je me souviens et j'aimerais me souvenir encore…

 

 



07/04/2016
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