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Réflexions


Monsieur Protocole

 

 

     Mr C est atteint d’un cancer du pancréas.  Il a reçu trois protocoles différents de chimiothérapie en l’espace de trois ans. Il n’y a aucun effet thérapeutique. La maladie a malheureusement progressé.

     Aujourd’hui, il prend la douloureuse décision de ne pas continuer le quatrième protocole de chimiothérapie proposé.

     Il raconte : « Ces protocoles de chimiothérapie me maintiennent en vie mais je reste cloué au lit avec des symptômes très douloureux. Le médecin m’a bien expliqué que je ne guérirai pas de ma maladie. Le traitement ne peut que ralentir sa progression mais je dois pour cela continuer les protocoles et donc souffrir encore. Le médecin m’a dit aussi qu’il n’y a aucune garantie que ce nouveau traitement fasse effet. La maladie peut encore avancer et je peux en mourir. De ma maladie ; je le sais depuis le début mais aujourd’hui je peux  mourir  à cause des traitements que je prends et qui me font souffrir terriblement. Je n’en peux plus. J’ai bien réfléchi. D’abord seul puis avec mon épouse, mes enfants ; nous en avons longuement parlé. Ma décision est prise. J’arrête les traitements. Je préfère passer les quelques mois qui me restent à vivre avec les miens ; les gens que j’aime et qui m’aiment. Vivre intensément ces derniers instants plutôt que de durer éternellement sans vivre. »

     Monsieur C explique qu’il est réduit au simple fait d’être un corps vivant .Il vit mais n’a pas d’existence. Il fait le choix de renoncer à cet état. Selon son désir, il passera la fin de sa vie auprès des siens.

A sa demande, nos rencontres continueront jusqu’à la fin.

La même demande a été faite auprès du médecin de l'hôpital qui le suivait jusque-là. Le médecin a donné sa réponse « Il refuse de continuer le protocole ; je refuse donc de continuer à le voir. C’est sans intérêt. »

Sans intérêt ? Le protocole serait donc plus intéressant que le patient ? Suivi du patient ? Ou Suivi du protocole ?

 


22/02/2016
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Pour le Bien de qui?

     Cela fait maintenant sept ans aujourd’hui que je travaille en tant que psychologue clinicienne dans un hôpital public. J’accompagne les patients atteints de maladie grave.

     Depuis quatre ans, les équipes médicales et soignantes me demandent de rencontrer les patients non parce qu’ils sont en souffrance mais parce que cela fait partie du dispositif d’annonce. La rencontre avec le psychologue du service n’est plus proposée aux patients mais imposée…soit disant pour le Bien.

 

Pour le Bien de qui ?

 

     Certes ce dispositif  prétend « accompagner et soutenir l’annonce de la maladie ; se rendre plus disponible et être à l’écoute du patient et de ses proches ; garantir lors de ces moments si importants, plus d’humanité et plus de qualités de soins ».

     Pourtant, après chacune de mes rencontres avec un patient ; les soignants ne s’empressent que de cocher la case du protocole « patient vu dans le cadre du dispositif d’annonce ». Aucun ne m’interroge sur l’histoire de ce patient et la cause de son mal-être.

Lorsque je tente de transmettre des éléments d’accompagnement pour Mr B ; une infirmière me répond « donne- moi d’abord son numéro de chambre car je ne connais pas les patients ; je ne les connais que par leur numéro. »

Au cours d’une réunion pluridisciplinaire ; un médecin qui a annoncé la semaine précédente à Mr T qu’il n’y a plus d’espoir de guérison, me dit « qu’il est inutile de le rencontrer car il est stable dans sa médiocrité. »

Le patient n’est réduit qu’à une mesure ou une croix dans un dossier. Aucune place n’est donnée à sa parole, à son désir.

 

     Heureusement, il reste « les mauvais patients » comme on les appelle dans les services de soins, « les pas normaux ». Eux, ils se font entendre par leur comportement extra-ordinaire refusant de rentrer dans les cases toutes faites du protocole. Ils nous rassemblent, nous font réfléchir et nous remettent en question.

 

 


14/02/2016
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